Le cancer de la vessie

 

 

Le cancer de la vessie est le 2e cancer urologique en termes de fréquence, après celui de la prostate1. La tumeur de la vessie la plus courante, responsable de 90 à 95 % de tous les cancers de la vessie, est le carcinome urothélial (ou à cellules transitionnelles) qui prend naissance dans l’urothélium, le revêtement interne de la vessie.2

Les cancers de la vessie sont classés en 2 catégories :

  • Les Tumeurs de la Vessie N’Infiltrant pas le Muscle (TVNIM) : la tumeur est confinée à la muqueuse vésicale (urothélium, lamina propria) et n’infiltre pas la paroi musculaire. 70 % des cancers de la vessie sont des TVNIM au moment du diagnostic. Les TVNIM se divisent en trois sous-types : Ta (70 %), T1 (20 %) et CIS (10 %)3.
  • Les Tumeurs de la Vessie Infiltrant le Muscle (TVIM) : la tumeur envahit la paroi musculaire de la vessie et peut s’étendre aux organes avoisinants et/ou aux ganglions lymphatiques. 30 % des cancers de la vessie sont des TVIM au moment du diagnostic (T2 à T4).
Épidémiologie

Le cancer de la vessie est le
• 4e cancer chez l’homme et 9e cancer chez la femme en termes de fréquence, dans les pays développés4,
• 5e cancer chez l’homme et 12e cancer chez la femme en termes de fréquence, à travers le monde4.

L’incidence (normalisée pour l’âge) du cancer de la vessie est estimée comme suit :

• 16,7/100 000 (hommes), 3,2/100 000 (femmes) en Europe4
• 20,0/100 000 (hommes), 3,7/100 000 (femmes) en Amérique du Nord4
Dans la plupart des pays européens, l’incidence varie de 14 à 21/100 000 chez l’homme.

La prévalence du cancer de la vessie est la plus élevée de toutes les tumeurs de l’appareil urinaire5.

Prévalence à 5 ans en Europe : 116,5/100 000 (hommes), 29,0/100 000 (femmes)6

Les variations de la prévalence entre les pays sont dues aux différences dans les modes d’enregistrement et de signalement des tumeurs non invasives ou invasives. Cela complique la comparaison entre les pays7.

La mortalité du cancer de la vessie dépend essentiellement du taux de progression des tumeurs à haut risque8,9.

Chaque année dans le monde, environ 145 000 patients meurent d’un cancer de la vessie7.
En 2008, le cancer de la vessie était la 8e cause de décès dû à un cancer en Europe. Le taux de survie à 5 ans des TVNIM est de 96 % mais il chute à 70 % dès lors que le cancer s’étend, puis à 5,5 % dans les atteintes métastatiques10.

Principaux facteurs de risque

• Le principal facteur de risque est le tabagisme5;
• En Europe, le deuxième facteur de risque est l’exposition professionnelle à des substances cancérogènes comme les amines aromatiques et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (que l’on trouve par exemple dans les teintures, les solvants, les peintures, les produits de combustion, le caoutchouc et les textiles)11;
• Le risque de développer un cancer de la vessie augmente avec l’âge. L’âge médian au moment du diagnostic est d’environ 70 ans12,13;

Autres facteurs de risque

• Infection chronique des voies urinaires14
• Schistosomiase5
• Médicaments, irradiation de la région pelvienne5

Symptômes

• Le principal symptôme d’une TVNIM est l’hématurie isolée8.
• Chez les patients présentant un carcinome in situ, l’hématurie peut être accompagnée de symptômes d’irritation urinaire comme une pollakiurie, une impériosité ou une dysurie.
• L’examen physique ne permet pas d’identifier une tumeur de la vessie.
• D’autres symptômes tels que des douleurs du flanc (obstruction urétérale), un œdème des membres inférieurs, une masse pelvienne palpable, une perte de poids ou des douleurs abdominales ou osseuses peuvent survenir dans les cas de TVIM ou de maladie métastatique13.

Diagnostic

Pour confirmer un diagnostic de cancer de la vessie, des examens non invasifs sont tout d’abord réalisés9 :
• Cytologie urinaire (recueil d’urine ou lavage vésical) : haute spécificité pour les tumeurs de haut grade, sensibilité moyenne15.
• Les biomarqueurs urinaires font l’objet de nombreuses études mais, à ce jour, il n’existe pas de consensus sur leur rôle dans le diagnostic du cancer de la vessie13.
• Certaines sociétés savantes recommandent la cytologie ou les marqueurs urinaires pour prédire les tumeurs de haut grade avant RTUV (résection transurétrale de la vessie)8.
• Imagerie :
– Urographie intraveineuse traditionnelle ou tomodensitométrie (radiographie avec injection de produit de contraste)
– Échographie (peut faire apparaître les modifications des tissus, les tumeurs ou une hydronéphrose)
Le diagnostic de cancer de la vessie est posé après :
• examen cystoscopique de la vessie, incluant une biopsie (une méthode invasive)
• évaluation histologique du tissu réséqué

Traitement

La RTUV est la procédure chirurgicale de référence pour les TVNIM. Le but est de réséquer toutes les tumeurs visibles. Il a été prouvé que le recours à la fluorescence en lumière bleue en complément de la cystoscopie en lumière blanche et de la RTUV est plus sensible que les procédures traditionnelles pour la détection des tumeurs malignes, en particulier les CIS.


Détection d’un CIS par cystoscopie en lumière blanche (à gauche) et en lumière bleue (à droite)
Source: Dr Dirk Zaak, Munich, Allemagne

Une RTUV complète et profonde, incluant une analyse détaillée des tissus biopsiés, permet de déterminer de manière satisfaisante les facteurs de risques histologiques significatifs de récurrence et de progression. Ceci constitue l’étape initiale et incontournable de la prise en charge des TVNIM9.

Le traitement complémentaire postopératoire des TVNIM inclut une chimiothérapie ou une immunothérapie (BCG) en instillation intravésicale, ainsi qu’un suivi rapproché. Une cystectomie totale peut être proposée dans certains cas9.
Le traitement des patients présentant une tumeur infiltrante passe par une cystectomie totale.


Références

1 Pezaro C et al., Urothelial Cancers: using biology to improve outcomes; Expert Review of Anticancer Therapy; 2012; 12(1):87-98.
2 Messing EM, Urothelial tumors of the urinary tract; Campbells Urology 2002; 8:2732-2784.
3 Hendriksen K and Witjes JA, Treatment of Intermediate-Risk Non-Muscle-Invasive Bladder Cancer (NMIBC); European Urology, Supplements 2007; 6:800-808.
4 Ferlay J et al., GLOBOCAN 2008 v2.0, Cancer Incidence and Mortality Worldwide: IARC CancerBase No. 10, available from: http://globocan.iarc.fr, accessed on 09/01/2013.
5 Burger M et al., Epidemiology and Risk Factors of Urothelial Bladder Cancer; European Urology Supplements 2013; 63(2):234-241.
6 Bray F et al., Global estimates of cancer prevalence for 27 sites in the adult population in 2008; International Journal of Cancer 2013; 132(5):1133-1145.
7 Ploeg M et al., The present and future burden of urinary bladder cancer in the world; World Journal of Urology 2009; 27(3):289-293.
8 ICUD 2012.
9 EAU Guidelines 2013.
10 http://seer.cancer.gov/statfacts/html/urinb.html, accessed 25/07/2013.
11 Brown T et al., Occupational Cancer in Britain; British Journal of Cancer 2012; 107(S1): S76-S84.
12 Barocas DA et al., Surveillance and Treatment of Non-Muscle-Invasive Bladder Cancer in the USA; Advances in Urology 2012; 2012:421709.
13 IUCD 2004.
14 Kantor AF et al., Urinary tract infection and risk of bladder cancer; American Journal of Epidemiology 1984; 119(4):510-515.
15 Mowatt G et al., Systematic review of the clinical effectiveness and cost-effectiveness of photodynamic diagnosis and urine biomarkers (FISH, ImmunoCyt, NMP22) and cytology for the detection and follow-up of bladder cancer; Health Technology Assessment 2010; 14(4):1-331.

Mis à jour le 21 août 2013